Dans les deux billets précédents, je vous ai parlé du chevalier en général et des ordres chevaleresques, et vous avez aussi découvert l’histoire de l’essor et de la chute des hospitaliers. On pourrait s’arrêter là, mais je sais que parmi nous il y a des amateurs (comme moi) de détails du quotidien et de la vie ordinaire de toutes sortes de personnages historiques. Pour vous, je vais encore raconter un peu la vie de l’Ordre sur l’île. Les autres peuvent simplement aller regarder les images.

L’organisation de l’ordre des Hospitaliers
Ce ne serait pas inutile de rappeler la structure et l’organisation de l’Ordre. Il faut dire que plus l’ordre existait, plus il se bureaucratisait, s’encombrait de papiers et de lois, compliquant son système hiérarchique. Bien avant Rhodes, à l’intérieur de l’ordre s’étaient déjà dégagés les quatre tout premiers « langues » : française, germanique, italienne, espagnole. Il faut dire que la française avait toujours été la plus nombreuse et occupait la position dominante. On peut dire, en gros, que les possessions de l’ordre hors de France furent l’un des tout premiers territoires d’Outre-mer. Cela reflétait la place de la France dans l’Europe médiévale et sa proximité idéologique maximale avec le siège papal. C’est pour cela que, dans toute l’histoire de l’ordre, la majorité des Grands Maîtres furent français, à quelques rares exceptions italiennes et espagnoles.

Comme l’ordre grandissait vite, de nouvelles « langues » apparurent presque aussitôt. On avait donc les quatre déjà mentionnées, plus la Provence (je rappelle qu’avant le XVe siècle c’était un État à part), l’Aragon et l’Angleterre. Un peu plus tard s’ajouta la Castille. Total : huit. Juste avant la chute de Rhodes, on introduisit un découpage plus fin : les « langues » furent divisées en 23 Grands Prieurés. Ceux-ci, à leur tour, se divisaient en Prieurés et en Possessions, et encore plus bas — en commanderies. C’était un petit lot de terre dirigé par un commandeur, deux ou trois chevaliers, et encore une ribambelle de chevaliers de rang inférieur. Les commanderies pouvaient se trouver sur le continent, à des milliers de kilomètres du siège.
Quand les hospitaliers, au début du XIVe siècle, s’installèrent sur l’île, ils s’appuyaient sur un système solide de bases régionales en Europe. Et ici, il ne faut pas sous-estimer le rôle de la Provence. C’est précisément d’ici — du sud de la France, du milieu de la noblesse locale et de villes comme Aix-en-Provence — que venait un nombre considérable de chevaliers dans l’ordre. La « langue » provençale de Rhodes était l’une des plus importantes et influentes. Ses représentants occupaient des postes élevés, contrôlaient des ressources et faisaient partie de la haute hiérarchie de l’ordre.
La Provence et l’Occitanie étaient des zones continentales d’appui essentielles. D’ici ne venaient pas seulement de nouveaux membres. Du Sud arrivaient l’argent, le grain, le ravitaillement, les chevaux — tout ce qui assurait l’existence de l’ordre en Orient.

À Manosque se trouvait l’un des principaux centres administratifs — une commanderie complexe et bien organisée, qui gérait terres et revenus. À Puimoisson, l’ordre avait créé une base fortifiée puissante. Dans la région du Vaucluse, dans des villages comme Villedieu, on peut encore observer la structure des anciennes commanderies — avec l’église, les murs et le plan typique des constructions de l’ordre. Même là où les templiers étaient présents à l’origine, comme à Peyrassol, après leur disparition les biens passèrent aux hospitaliers, renforçant ce réseau. Même histoire pour les villages occitans de La Couvertoirade et La Cavalerie.

Même dans Aix-en-Provence, l’histoire des chevaliers de Rhodes n’a pas disparu sans laisser de trace. Le bâtiment où se trouve aujourd’hui le Musée Granet appartenait autrefois à l’ordre de Malte — les héritiers directs des hospitaliers.

Revenons à la structure de l’Ordre. Le personnage principal était le Maître (plus tard on l’appellera Grand Maître, ou même Gross Meister — parfois francisé en « gros‑maître » dans la littérature) — Directeur général et administrateur en chef à la fois. Le second en importance était le Prieur — une sorte de responsable spirituel, un homme d’Église chargé de toute l’idéologie religieuse de l’Ordre. Ils devaient obligatoirement résider au siège, c’est‑à‑dire à Rhodes (et plus tard — à Malte).
Les langues et la structure du pouvoir
Sachant que les chevaliers ne faisaient pas que se battre et prier, qu’il leur fallait aussi manger, vivre quelque part, etc., il fallait des gens pour s’occuper de tous les aspects de la vie des johannites, sinon le désordre était inévitable. Il existait donc encore sept postes administratifs principaux. En plus de leurs fonctions directes, chacun de ces administrateurs contrôlait l’activité d’une « langue » particulière :
1) Le Grand Commandeur — responsable du trésor, des richesses et de la répartition des ressources financières (avec un autre fonctionnaire — le Grand Trésorier) — la Provence ;
2) Le Maréchal — responsable des affaires militaires, chef de l’état‑major — Avignon ;
3) L’Hospitalier (d’ailleurs, les chevaliers considèrent toujours que le nom « hospitaliers » pour l’Ordre est du jargon, pour eux l’hospitalier était une seule personne) — responsable du Grand hôpital et de toute l’activité hospitalière et de soins — France ;
4) Le Drapier — responsable du ravitaillement des troupes — Aragon ;
5) L’Amiral — responsable de la flotte de galères des johannites — Italie ;
6) Le Grand Chancelier — une sorte de secrétaire général — Castille ;
7) Le Turcoplier — responsable du recrutement et de la formation des troupes issues de la population locale — Angleterre.

Pour les Allemands, afin qu’ils ne se vexent pas, on inventa spécialement en 1428 le poste de bailli — responsable de l’état des forteresses à Halicarnasse et à Gozo. Mais au début du XVIe siècle, avec la Réforme, les Allemands quittèrent tout de même l’Ordre.
Hiérarchie et fonctions dans l’ordre
Tous les chevaliers, comme je l’ai déjà mentionné, se divisaient en chevaliers proprement dits (leur nombre maximal à Rhodes — jusqu’à 600, en général 300–350), sergents et chapelains (prêtres, ils ne combattaient pas). À partir du XVIe siècle apparut encore une catégorie — les sœurs. On ne pouvait devenir chevalier que si l’on était noble et capable de prouver sa haute naissance. Plus le temps passait, plus cette règle était appliquée strictement. Ils prenaient les vœux les plus sévères et devaient servir l’Ordre à vie. Eux seuls pouvaient obtenir des postes de direction et « faire carrière ». Parmi les chapelains, un seul pouvait être élu à un poste dirigeant — le Prieur. Les sergents (ou « frères servants ») se divisaient en deux groupes — les « frères combattants » et les « frères servants ». Au début de l’existence de l’Ordre, un frère combattant pouvait dans certains cas devenir un chevalier à part entière, plus tard cela devint presque impossible.

Les novices arrivant sur l’île ne pouvaient pas simplement venir et dire : « Voilà mon passeport, je suis presque noble ! Allez, prenez‑moi comme chevalier ! » Ils devaient d’abord devenir des chevaliers obéissants, puis des « chevaliers privilégiés », et ensuite seulement, si la chance leur souriait, des chevaliers ordinaires de l’Ordre. Seuls les chevaliers les plus nobles et les plus riches pouvaient être admis directement dans l’Ordre. Au début du XVIe siècle, la classe des « chevaliers obéissants » s’était considérablement élargie — ils ne prenaient qu’une partie des vœux, pouvaient vivre avec leurs familles, mais ne pouvaient compter sur aucune carrière.

Comme vous pouvez le constater, la tenue des chevaliers ne ressemble en rien à celle des moines !
Si un candidat voulait devenir un chevalier à part entière mais avait une femme, il devait obligatoirement obtenir l’accord de son épouse. En entrant dans l’Ordre, le chevalier ne pouvait plus vivre avec elle. Parfois, des couples entraient ensemble dans l’Ordre, mais même dans ce cas ils ne pouvaient plus vivre ensemble, chacun suivait désormais son propre chemin. L’admission d’anciens membres d’autres ordres était très mal vue — les membres de l’ordre considéraient que dans les autres fraternités la règle était moins stricte.

À leur arrivée à Rhodes, l’Ordre devint non seulement militaire, mais aussi maritime. Sans navires, l’existence de l’Ordre sur l’île était impossible, et les chevaliers portèrent l’art de la navigation à la perfection. Ils apprirent vite à construire de grands navires blindés et n’hésitaient pas à utiliser les navires capturés. Dans les opérations militaires, il arrivait que 30 navires ou plus des hospitaliers participent aux opérations. C’étaient surtout des galères — de grands navires propulsés par la force des rameurs. Les rameurs étaient de nombreux esclaves, principalement des musulmans capturés lors des campagnes.
Forteresse et architecture à Rhodes
Quant aux fortifications, elles ressemblaient à la plupart des forteresses des hospitaliers, même si quelques innovations furent utilisées par rapport à, par exemple, leur première grande forteresse, le Krak des Chevaliers. En deux cents ans, les règles du combat avaient beaucoup évolué. Par exemple, au lieu des catapultes traditionnelles, on utilisa des machines de siège, et l’usage des armes à feu devint plus large, ce qui obligea à construire des murs beaucoup plus épais — dans certains endroits de la forteresse de Rhodes, leur épaisseur atteint 12 mètres.

L’architecture fut fortement influencée par le gothique européen des XIVe–XVe siècles, mais elle avait aussi ses particularités — une alternance géométrique stricte des volumes et un décor très austère. Les constructions antérieures à 1481 furent élevées selon les modèles provençaux, et celles d’après selon les modèles espagnols (davantage de décor, des armoiries sur les façades, des espaces ouverts en arcades, etc.). On vit apparaître des cours intérieures.

Le palais du Grand Maître commença à être construit immédiatement après la prise de l’île, en 1309. On l’érigea sur les ruines de l’ancienne acropole locale. Il fut reconstruit plusieurs fois, et nous ne savons pas vraiment à quoi il ressemblait à différentes époques. Après la prise de Rhodes par les Turcs, il servit de caserne, puis d’entrepôt, et en 1856 il explosa à cause d’une manipulation imprudente de la poudre stockée dans les caves. Plusieurs tremblements de terre aggravèrent encore les destructions, et des ruines pittoresques il ne resta presque rien — seulement une partie du rez‑de‑chaussée et les restes de deux tours.

Les Italiens, qui contrôlèrent l’île de 1912 à 1943, reconstruisirent la forteresse dans les années 1937–1940. Ils essayèrent de préserver l’aspect extérieur authentique du bâtiment, mais les intérieurs furent réalisés surtout selon leur propre vision — puisque le palais devait servir de résidence, il fallait qu’il soit adapté à la vie moderne. Le rez‑de‑chaussée fut largement remanié, et les constructions autour du palais furent démolies. En général, dans l’enceinte de la vieille ville, les restaurateurs supprimèrent la plupart des bâtiments de la période turque. Lors de la reconstruction du palais, ils utilisèrent les lithographies de K. Rottier, E. Flandin et d’autres sources anciennes.

Le palais occupe aujourd’hui une surface de 80 x 75 m. L’entrée sud est entourée d’une cour dallée. Autrefois, elle était bordée de nombreuses constructions utilitaires avec des voûtes en arcades. Au milieu de la cour se trouvaient autrefois des ouvertures menant à des silos à grain, puis on les a recouvertes de dalles de marbre. Aux étages supérieurs du palais, ceux qui se sont justement effondrés, se trouvaient autrefois les appartements du Maître, les salles de réception, le réfectoire et la chapelle. On ne sait pas à quoi ressemblaient les intérieurs, mais très probablement, il y avait des cheminées, des tapis au sol, des sculptures et un mobilier somptueux. Aujourd’hui, au sol du deuxième étage, on peut voir des mosaïques hellénistiques et paléochrétiennes provenant de l’île de Kos ; du temps des chevaliers, bien sûr, elles n’étaient pas présentes ici. On y a aussi apporté, comme pièces du musée, de la vaisselle ancienne de différentes époques, des statues romaines et leurs copies plus tardives, etc.
J’ai mentionné que j’avais regardé le film « Les Chevaliers du château de Marqab » (en Syrie), consacré à la citadelle construite par les hospitaliers cent cinquante ans plus tôt. Je pense que certaines techniques y ont été utilisées à Rhodes également. Je n’ai pas trouvé d’informations sur la manière dont le palais était approvisionné en eau. Je sais que l’île possède de nombreuses sources dont l’eau était acheminée par des tunnels souterrains vers les vignobles. Je doute que cela ait été applicable pour un château sur une colline. À Marqab, il y avait une citerne aménagée dans les sous-sols, ainsi qu’un système de conduites évacuant l’eau de pluie depuis les toits. Peut‑être qu’ici aussi un dispositif similaire existait. J’ai trouvé intéressant leur système de nettoyage : un sol en pente et une ouverture dans un coin. On versait de l’eau sur le sol, on frottait, et on poussait l’eau sale vers l’ouverture, d’où elle partait par des conduites pour irriguer les potagers. Il y avait même des latrines ! Mais peut‑être que le château de Rhodes, plus tardif, était équipé d’installations encore plus perfectionnées.
L’hôpital
Un autre bâtiment, tout aussi important sur l’île, était l’Hôpital. Aujourd’hui, on peut voir deux bâtiments hospitaliers — l’Ancien et le Nouveau. L’Ancien était relativement petit, construit entre 1355 et 1365, et après la construction du Nouveau il servit à divers usages. Dans le Nouveau se trouve aujourd’hui le musée archéologique (magnifique, d’ailleurs !). Quelques années après ma visite à Rhodes, je me suis passionnée pour la classification et la datation de la céramique grecque, et je me suis mordue les doigts de ne pas avoir tout photographié. Le Nouvel hôpital fut construit pendant presque cinquante ans — de 1440 à 1489. Je suppose que lors du siège de 1480 il fut un peu endommagé, puis en 1481 il y eut un très fort tremblement de terre, ce qui explique la longueur du chantier.

Ici aussi il y a un jardin intérieur, assez vaste. La salle principale de l’hôpital est une immense salle de soins de 51 x 12 m. De petites pièces en partent — peut‑être des salles de soins et des salles d’opération. Il y a même des chambres avec une entrée séparée — sans doute des salles de quarantaine. Chaque patient avait droit à un lit séparé derrière des paravents et à une literie propre, régulièrement changée. On donnait à chaque malade un manteau et des bottes — pour éviter que les malades ne marchent pieds nus jusqu’aux latrines. Les malades étaient bien nourris — on servait de la viande au moins trois fois par semaine. Les malades graves étaient dispensés de jeûne.
La vie quotidienne
Assez parlé des pierres et des bâtiments, parlons enfin des hommes ! J’avais promis des détails personnels, et pour l’instant je n’en ai pas dit un mot. La vie des chevaliers était intéressante et assez vive, bien que la règle stipule clairement : STRICT VŒU DE CHASTETÉ. Voici des extraits de la règle du début du XIIe siècle :
« Quand ils (les frères) sont dans l’église ou dans la maison, ou dans tout autre lieu où il y a des femmes, qu’ils préservent leur modestie, et qu’ils ne permettent à aucune femme de leur laver la tête ou les pieds, ni de leur préparer leur lit. » — Eh bien, même pas le droit de se faire gratter le dos avant de dormir !
« Si l’un des frères, que Dieu nous en préserve, par passion pécheresse entretienne une relation illégitime, et s’il pèche en secret, imposez‑lui une pénitence secrète, et qu’il s’impose lui‑même la pénitence correspondante ; si le péché est découvert et qu’il existe des preuves absolument certaines, dans la ville où le péché a été commis, le dimanche après la Messe, quand les laïcs auront quitté l’église, qu’il soit sévèrement battu ou fouetté par le Maître ou par d’autres frères sous le commandement du Maître, avec des baguettes solides ou des fouets de cuir, devant tout le monde ; et qu’il soit expulsé de notre Fraternité. » — C’est un peu hypocrite, tout ça : si c’est secret, c’est presque permis, et seulement si c’est vraiment, vraiment évident, alors là tu prends des coups de fouet et tu rentres chez toi !

À quel point ces règles étaient appliquées strictement, Dieu seul le sait maintenant. Dès les premiers temps de l’existence des ordres, vers le XIe siècle, on trouve déjà des mentions de débauche interdite : le Maître menace de punir une des garnisons des hospitaliers, parce qu’on lui a rapporté qu’ils profitaient largement des services de femmes de mauvaise vie. Eh bien, quoi — la jeunesse, c’est la jeunesse ! Il ne reste pas de témoignages plus précis sur des débordements frivoles. J’aimerais écrire que l’île est encore pleine d’enfants courant en armure avec des visages étrangement français, mais ce serait faux. Les habitants locaux appartiennent pour la plupart au type méditerranéen, on peut facilement les confondre, par exemple, avec des Turcs (ne leur dites surtout pas ça — ils cesseront de vous parler). Dans le film de la BBC « Les Croisés », les auteurs faisaient des sous‑entendus douteux à propos d’une armée de blanchisseuses qui accompagnaient les chevaliers en campagne en Orient — je n’en sais rien ! Vous ne me croyez pas — vérifiez ! N’oubliez quand même pas que les gens du Moyen Âge prenaient la religion et les vœux assez à cœur. Peut‑être qu’il n’y avait rien de tout ça.
Il est clair que les vœux ne concernaient que les chevaliers et les chapelains, toute la domesticité pouvait se permettre des libertés comme fonder une famille. Apparemment, avec le temps, les liens avec la population locale devinrent très étroits. Quand les chevaliers quittèrent l’île, une foule d’habitants les suivit, craignant les violences des Ottomans qui avançaient.
Alimentation des chevaliers
De quoi se nourrissaient les chevaliers ? Leur régime comprenait toujours de la viande, du miel, des œufs, de l’huile d’olive. Ils consommaient aussi beaucoup de fruits et de lait. Les jours permis, ils buvaient du vin. Il était interdit de manger plus de deux fois par jour. J’ai lu quelque part qu’au Moyen Âge, prendre deux repas par jour était chose normale. Au début, on mangeait ensemble, mais plus tard les chevaliers les plus nobles furent autorisés à manger en solitaire dans leurs logements. On pouvait rompre le jeûne pendant les longues campagnes et les opérations militaires : la guerre est épuisante, ce n’est pas le moment de penser à la diète. Certains chevaliers particulièrement religieux tentaient de s’épuiser par des jeûnes et des vœux, mais même cela était interdit.

Et pourtant, un péché propre aux chevaliers est bel et bien documenté. C’était quelque chose qu’on ne pouvait pas cacher — la passion pour les vêtements ! La mode européenne des XVe–XVIe siècles avait beaucoup changé par rapport au haut Moyen Âge. Elle était devenue une mode ! Dans la règle ancienne, il était précisé que « chacun des frères doit avoir trois chemises, un manteau et une veste. Trois couvertures pour le lit et une pour le sac. Ainsi qu’une tunique et une soutane à capuchon, et deux manteaux : un doublé de fourrure et un sans fourrure, ainsi que des chausses ». Voici encore un extrait de la règle déjà mentionnée : « Nous interdisons aux frères de porter à tout moment des tissus vivement colorés ou des fourrures d’animaux ou de la futaine ». On devait dormir uniquement en chemise, jamais nu. Il était également interdit de dormir à deux dans un lit, même si les nuits étaient très froides. Si les chevaliers pouvaient encore supporter l’interdiction de dormir ensemble, les restrictions sévères concernant les vêtements, elles, étaient pour eux insupportables !
La règle s’adoucit considérablement avec le temps, et en dehors des cérémonies officielles, on commença à autoriser le port de vêtements ordinaires. Et là, ce fut le début ! Il reste une masse de lettres et de documents où la hiérarchie johannite gronde et sermonne les frères frivoles parce qu’ils décorent trop leurs habits de broderies, de cordons dorés et de passementerie, etc. Par exemple, au XVe siècle, un des Maîtres menaçait de priver de vin au repas ceux qu’il verrait en chausses brodées ! Imaginez à quel point ils l’avaient exaspéré !
Ouf, notre récit est devenu bien long.
L’histoire de l’Ordre est une chose passionnante. On peut en étudier les détails à l’infini, et malheureusement un ou deux billets n’y suffisent pas. Je vous ai raconté ce que je savais, le reste se trouve dans les livres et sur Internet.