Un peu d’histoire.
En ce moment, c’est la pleine saison de floraison du mimosa en Provence, et il est temps d’en parler. D’autant plus que la Saint‑Valentin approche. Alors voyons quel lien il peut bien y avoir entre la fête des amoureux et le mimosa. En France — aucun. Mais dans les anciennes républiques soviétiques, le lien existe bel et bien. Pendant toute l’existence de l’URSS, les fêtes religieuses (et tout ce qui leur ressemblait) étaient interdites. Le rôle de la fête des amoureux fut donc repris par la Journée internationale des femmes — le 8 mars.

Si aujourd’hui, en Europe, c’est un jour de manifestations féministes, chez nous il a longtemps joué à la fois le rôle de fête des femmes et de fête des mères, et il a toujours été férié. Ce qui avait commencé au début du XXᵉ siècle comme une initiative sociale s’est transformé, avec le temps, en une fête plutôt romantique, où les hommes offraient obligatoirement des fleurs et de petits cadeaux à toutes les femmes.
C’était un phénomène assez étrange, car il fallait féliciter non seulement sa compagne, sa mère, sa sœur, mais même les collègues au travail.

Les hommes du bureau mettaient chacun une petite somme en commun et achetaient des fleurs, des cartes et des cadeaux pour toutes les dames. En général, on achetait un gâteau et du champagne, et on fêtait tout cela ensemble pendant la pause de midi.
Même à l’école, cette pratique existait. Parfois, c’était l’enseignante qui organisait la remise des cadeaux, parfois les garçons offraient simplement quelque chose aux filles qui leur plaisaient. Un jour, un camarade de classe m’a offert pour le 8 mars une boîte entière remplie de petites babioles : un miroir, des barrettes, une broche, un petit calendrier holographique, une rose séchée et une petite carte avec une déclaration d’amour codée. Quel âge avions‑nous ? Douze ? Treize ? Je sais qu’aujourd’hui il est au front, et je n’ai plus de nouvelles de lui depuis longtemps.

Alors quel rapport avec le mimosa, me direz‑vous ? Eh bien, le fait est que le choix de fleurs au début du mois de mars était très limité : des tulipes (uniquement rouges, pour une raison inconnue), des narcisses et du mimosa — c’est donc ce qu’on offrait. Et ce qu’on représentait aussi sur les cartes postales. À cette époque, on s’échangeait énormément de cartes. J’ai vécu six ans en RDA avec mes parents, car mon père était médecin militaire et y servait. Avant chaque grande fête, mes parents achetaient une pile entière de cartes, s’asseyaient le soir à table et les signaient ensemble, puis les envoyaient à tous leurs proches restés en Union soviétique. Et nous aussi, nous recevions des cartes. Je les adorais — je les triais et je les gardais longtemps. C’est vraiment dommage qu’il n’en reste presque aucune, et que la plupart de ceux qui nous les envoyaient ne soient plus en vie — c’était il y a si longtemps.

En URSS, le mimosa arrivait d’Abkhazie, de Sotchi et de la région de Krasnodar dans les autres républiques par wagons entiers. Il n’était pas cher et accessible à beaucoup. Dans le roman de Mikhaïl Boulgakov Le Maître et Marguerite, il y a une scène où les deux personnages principaux se rencontrent (cela se passe dans les années 1930) et tombent amoureux au premier regard. Le Maître remarque un bouquet de « fleurs affreuses d’un jaune inquiétant », et c’est ainsi que leur conversation commence. Très probablement, ces « fleurs qui apparaissent avant les autres » — c’est le mimosa. D’ailleurs, si vous pensez que le roman le plus populaire et le plus lu dans l’ex‑URSS est Guerre et Paix de Tolstoï, vous vous trompez beaucoup. C’est Le Maître et Marguerite.

Moi aussi, comme le Maître, dans mon enfance, le mimosa, je m’en souviens, ne me plaisait pas du tout. Ces petites boules jaunâtres, fripées, un peu sales, me semblaient misérables. Je pense que c’était une autre espèce botanique, différente de celle de Provence. Et puis, en observant ici le cycle de floraison du mimosa local, j’en suis venue à la conclusion que ce mimosa soviétique arrivait déjà chez l’acheteur dans un état bien « fatigué ». Ses pompons étaient desséchés, ternes, et tombaient assez vite.
À propos, parlons botanique. Saviez‑vous que…
Le mimosa… n’est pas du tout un mimosa.
1) Oui, oui, ce que tout le monde appelle mimosa — en réalité, c’est l’acacia argenté (Acacia dealbata). Les premiers marchands ont commencé à l’appeler mimosa — ça sonnait mieux qu’un simple acacia. La plus connue des vraies mimosas est la mimosa pudique, une petite plante herbacée. Elle ne rappelle l’acacia argenté que par la forme de ses feuilles et par le fait que ses inflorescences sont elles aussi rondes et duveteuses.

Ses feuilles sont étonnantes, très sensibles. Si on les touche, elles se referment comme un livre — un mécanisme biologique de défense contre les insectes nuisibles. Je me souviens que nous étions en vacances à Soukhoumi, dans un sanatorium militaire.


Mimosa pudique
Mes parents m’avaient emmenée au célèbre Jardin botanique de Soukhoum, et là‑bas on m’avait montré la vraie mimosa pudique. Je n’avais que cinq ans, mais je m’en souviens parfaitement — ces feuilles « vivantes » qui se fermaient quand je les touchais du doigt m’avaient fait une impression énorme.
En France, j’ai fait la paix avec le mimosa, maintenant j’en suis ravie. Voir ces immenses arbres de mimosa en Provence, couverts d’un nuage dense de pompons jaune vif — c’est magnifique ! Et quelle odeur !

La plante est arrivée en Europe depuis l’Australie, et assez tard — à la fin du XIXᵉ siècle. Elle s’est largement répandue dans le Sud, surtout en France et en Italie. Ici, par endroits, le mimosa forme de petits bosquets, comme la Route du Mimosa à Mandelieu‑la‑Napoule. Dans cette petite ville côtière, on organise depuis bientôt cent ans un festival du mimosa de dix jours, avec marché et défilé costumé. Les forêts alentour sont très pittoresques à cette période — ici et là, au milieu de la verdure des broussailles, on aperçoit des taches jaune vif des arbres en fleurs .
Le mimosa en peinture
À vrai dire, je voulais au départ faire un post sur le mimosa en peinture, mais j’ai découvert qu’il n’existait pas tant de tableaux représentant cette jolie fleur jaune. Rien d’étonnant : jusqu’au XIXᵉ siècle, on ne la connaissait tout simplement pas. Et puis, la couleur jaune a longtemps été considérée avec méfiance dans l’art et dans l’habillement. L’essor du mimosa en peinture tombe sur la fin de l’impressionnisme, et surtout sur le post‑impressionnisme. Il a été peint par Auguste Renoir, Pierre Bonnard, Marc Chagall, Raoul Dufy, Henri Matisse. Rien d’étonnant — tous, sauf le premier, ont vécu un temps dans le Sud de la France et ont eu le plaisir d’observer eux‑mêmes la floraison du mimosa en Provence. Bonnard a même eu la chance d’avoir un arbre de mimosa juste devant les fenêtres de son atelier.









Il faut ajouter aussi que les parfumeurs ne l’ont pas ignoré. Son parfum fin et caractéristique est très apprécié des spécialistes. L’essence de mimosa entre dans la composition de nombreux parfums célèbres. Par exemple, dans le « Chanel n° 5 ».
Et vous, vous aimez le mimosa ? Quels souvenirs y sont liés ? Partagez‑les en commentaires.
Superbe histoire !
Merci!