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On dit que Van Eyck…

J’ai décidé d’écrire un petit post humoristique sur mes primitifs flamands préférés, avec mes illustrations réalisées sous Photoshop. Cette fois, notre héros sera Jan van Eyck.

On dit que Van Eyck s’est représenté lui‑même dans son « Portrait d’un homme au turban rouge ».

C’est tout à fait possible. On suppose qu’il est né entre 1385 et 1390, donc au moment où il peint le tableau (1433), il aurait 43–48 ans, comme l’homme du portrait. À l’époque, on représentait les personnes représentées de trois‑quarts, le regard tourné ailleurs ; or l’homme du tableau nous regarde droit dans les yeux : un effet qu’un peintre pouvait obtenir en recopiant son reflet dans un miroir. En plus, l’homme au turban rouge réapparaît au moins dans trois autres tableaux de Van Eyck : un badaud à l’arrière‑plan dans la « Vierge du chancelier Rolin », le reflet du peintre dans l’armure du saint dans la « Vierge du chanoine Van der Paele », et l’un des personnages entrant dans la pièce dans le miroir convexe des « Époux Arnolfini ». Le peintre malin utilisait donc le turban rouge comme son logo personnel !

On dit que Jan van Eyck a inventé la peinture à l’huile.

Ce n’est pas vrai : la technique existait depuis longtemps, en Orient on peignait déjà des statues de Bouddha avec des couleurs à l’huile. Van Eyck a perfectionné la technique et obtenu des résultats remarquables avec ses couches translucides. Il a aussi optimisé la composition de l’huile, en expérimentant avec différentes mixtures et épaississants. Sa recette préférée : un mélange d’huile de lin et d’huile de noix.

On dit que Jan van Eyck avait un frère aîné, Hubert, qui lui aurait appris la peinture.

L’une des rares mentions du frère aîné est l’inscription sur le cadre du retable de Gand. On y lit que Hubert van Eyck a commencé l’œuvre, « premier dans l’art », et que Jan, « second dans l’art », l’a achevée après sa mort. Les chercheurs ont montré que ce cadre n’est pas authentique, il a été fabriqué bien plus tard, donc l’histoire du grand frère pourrait très bien être une invention.

On dit que Van Eyck a servi deux fois de négociateur matrimonial pour son patron, Philippe le Bon. D’abord auprès d’Isabelle d’Espagne, fille du roi d’Espagne, qui aurait refusé, puis deux ans plus tard auprès d’Isabelle du Portugal, et ce mariage‑là a bien eu lieu en 1429.

Le royaume d’Espagne n’a été créé qu’en 1479, après l’union de la Castille et de l’Aragon. La seule Isabelle mentionnée dans l’histoire de ces deux États avant leur union est Isabelle de Castille, née en 1451, soit trente ans après le mariage de Philippe le Bon. Il est possible que ce qu’on raconte comme deux demandes en mariage n’ait été que deux étapes d’un seul et même processus de négociation, et que Van Eyck se soit rendu deux fois auprès de la même Isabelle.

On dit que le peintre flamand Robert Campin a emprunté à Van Eyck l’idée d’utiliser un miroir convexe dans un tableau pour que le spectateur voie tout ce qui se passe dans la pièce.

Van Eyck en peint un dans les « Époux Arnolfini », et Campin en met un similaire dans le « Retable Werl ».

C’est tout à fait plausible. Jan van Eyck utilise ce miroir pour la première fois en 1434. Le retable de Campin date de 1438. De Tournai, où vivait Campin, à Bruges, où vivaient Jan van Eyck et les Arnolfini, il n’y a que 86 km ; il aurait très bien pu voir le travail de son collègue et lui emprunter ce procédé. Ensuite, d’autres maîtres néerlandais ont peint des miroirs convexes à leur tour.

On dit que Van Eyck fut le maître du peintre Petrus Christus.

Les découvertes récentes montrent qu’ils se sont rencontrés quand Christus était déjà un artiste accompli. Mais il a repris plusieurs procédés de son collègue plus célèbre et l’a aidé à la fin de sa vie. Ils étaient visiblement assez proches, puisque Christus a hérité de son atelier après la mort de Van Eyck et a même, semble‑t‑il, terminé certaines de ses œuvres inachevées.

J’espère que mes images vous ont un peu remonté le moral. Et vous, qu’est‑ce que vous savez sur le peintre Jan van Eyck ?

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