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Mon Marseille, mes découvertes

Alors, dans les posts précédents je me suis présentée et j’ai écrit ce que je faisais un mois avant le début de la guerre. Ce qui m’est arrivé pendant les premières semaines de la guerre, je ne vais pas encore le raconter, tout cela je le décris en détail dans mon livre « Je n’aime pas les feux d’artifice », que je suis en train de traduire et que j’espère vraiment publier en France. Je vais plutôt vous raconter quelles nouvelles impressions j’ai eues quand je suis arrivée à Marseille, que j’ai réglé toutes les démarches administratives et trouvé des cours de français.

Bien sûr, j’ai eu envie d’étudier plus en détail l’endroit où je me suis retrouvée et de mieux connaître la ville. Je précise qu’à ce moment‑là j’apprenais le français depuis seulement deux mois — toute seule, avec des podcasts sur YouTube, et mon niveau était à la hauteur de ces deux mois. Toutes les informations sur Marseille, je les cherchais alors sur Internet avec l’aide de « Google Traducteur ». Je suis arrivée en France le 4 mai, et quelques jours plus tard j’ai commencé à explorer les curiosités et à courir de musée en musée et d’exposition en exposition.

Les deux premiers jours, j’ai exploré les environs du Vieux‑Port, je suis allée dans l’abbaye mystérieuse de Saint‑Victor et j’ai fait un détour par l’église Saint‑Ferréol.

Le 7 mai, j’ai flâné dans le centre‑ville et je suis entrée dans la Grande Major. Évidemment, j’ai été émerveillée par la richesse du décor, les mosaïques, la pierre colorée savamment choisie pour l’intérieur. L’architecture elle‑même est assez massive, mais pour l’ornementation les créateurs n’ont pas ménagé leurs efforts ni leurs moyens. Je ne suis pas une très grande fan de cette somptuosité byzantine, mais malgré tout la Major est l’un de mes endroits préférés à Marseille. Lors de ma première visite, j’ai passé plus d’une heure à me promener dans la cathédrale, à regarder chaque détail, à entrer dans chaque chapelle.

J’ai particulièrement aimé les statues gigantesques des apôtres et le groupe sculpté du « Voile de Véronique » — très expressif ! Plus tard, j’ai appris qu’il existe une croyance : il faut caresser la main du Christ et faire un vœu, et il se réalisera. Si vous regardez de près, vous verrez que la main du Sauveur est polie jusqu’à briller — une croyance manifestement très répandue.

Le lendemain, j’ai trouvé une annonce disant que l’Opéra de Marseille organisait les 8‑9 mai des Journées portes ouvertes, et j’y suis allée avec plaisir. Par comparaison avec le Théâtre d’Opéra et de Ballet de Kyiv, l’Opéra de Marseille s’est révélée relativement petite, mais tout de même assez belle, construite dans le style art déco. À l’intérieur, ce qui m’a frappée, c’est que les gradins de la salle descendent vers la scène sous un angle assez raide. Marcher le long des rangées des niveaux supérieurs fait même un peu peur ; on a l’impression qu’un seul faux mouvement — et on peut dévaler tout en bas. J’ai été surprise que les spectacles y soient assez rares, contrairement à Kyiv.

Et j’ai été un peu attristée par l’état passablement usé de l’intérieur — il a clairement besoin d’une rénovation. Mais j’ai eu de la chance : dans les couloirs se tenait une exposition de costumes de scène, et ça, j’adore. Ce jour‑là, plusieurs guides étaient présents à l’Opéra et proposaient des visites gratuites, mais malheureusement je ne comprenais alors absolument rien. 

Le 18 mai avait lieu la Nuit européenne des musées, et j’ai décidé d’aller au Musée Grobet‑Labadié, qui est habituellement fermé au public. On ne l’ouvre que deux fois par an : pour la Nuit des musées et lors des Journées européennes du patrimoine en septembre. 

C’était magnifique ! Le musée est en fait l’ancien hôtel particulier de la famille de mécènes marseillais Grobet‑Labadié, dont je parlerai un jour séparément. À Kyiv, au début du XXᵉ siècle, vivait une famille semblable — les Tereshchenko, industriels du sucre, qui, comme les Grobet‑Labadié, avaient réuni une grande collection d’objets d’art. Elle est devenue la base de l’actuel Musée national d’art occidental et oriental portant le nom de la famille Khanenko‑Tereshchenko.

Ce jour‑là, il y avait des foules au musée Grobet‑Labadié, une file d’attente s’était formée devant le bâtiment, et les visiteurs étaient admis par petits groupes. Dans les salles de l’hôtel particulier, on voyait encore les intérieurs raffinés et les meubles de la fin du XIXᵉ et du début du XXᵉ siècle. Le musée, comme un écrin de bijoux, était littéralement rempli de merveilles, et ce qui m’a le plus émerveillée, ce sont les portraits du XVIIIᵉ siècle, les sculptures religieuses médiévales et les pièces en faïence locale.

Le même jour, j’ai visité deux des cinq musées de La vieille charite— l’Archéologie méditerranéenne et les Antiquités égyptiennes. La richesse et la diversité des collections m’ont réjouie. Si vous vous intéressez un tant soit peu à l’histoire ancienne et que vous comprenez le contexte, vous pouvez y passer des heures. Moi aussi, j’y suis restée assez longtemps, examinant chaque minuscule artefact.

J’ai laissé les trois autres musées pour plus tard — j’étais bien trop fatiguée par tant d’impressions. Ma Nuit des musées s’est arrêtée là : il fallait rentrer, la nuit tombait vite. J’habite dans le 13ᵉ arrondissement de Marseille et je me déplace en transports en commun, alors je n’avais aucune envie d’aller au‑devant d’ennuis inutiles.

Dès les premiers jours, j’ai décidé de me permettre une dépense (alors que je devais compter littéralement chaque centime) et j’ai pris le Petit Train de Marseille jusqu’au sommet de la colline où se dresse Notre‑Dame‑de‑la‑Garde — un lieu incontournable pour tous les touristes, et je n’ai pas voulu repousser cette visite. Bien sûr, l’église elle‑même, avec sa collection d’ex‑voto, était très intéressante, mais ce qui m’a encore plus impressionnée, c’est la vue incroyable qui s’ouvre depuis l’esplanade au pied de la basilique. Depuis, j’y suis montée plusieurs fois, y emmenant tous mes amis venus me rendre visite à Marseille. Leur réaction était toujours la même : « Ah, quelle beauté ! »

Encore une sortie coûteuse pour une pauvre réfugiée — la promenade en bateau jusqu’à l’île d’If. L’histoire du Comte de Monte‑Cristo est incroyablement populaire dans mon pays. Si tout le monde n’a pas lu le roman d’Alexandre Dumas, tout le monde a au moins vu un film. Deux films étaient particulièrement populaires : l’ancien film français Le Comte de MonteCristo avec Jean Marais, et le film soviétique en deux parties Le Prisonnier du Château dIf. Tous mes amis qui sont venus me voir plus tard à Marseille exigeaient d’emblée : « On va au Château d’If ! ». Je n’ai pas échappé à la règle, moi aussi j’ai tout de suite voulu visiter ce lieu mythique.

Ce qui est étonnant, c’est que la plupart des Français que j’ai rencontrés par la suite n’avaient jamais mis les pieds sur l’île d’If. Hé, les gars, le roman est à qui ?! L’île est à qui ?! À nous ou à vous ?! Allez, filez voir ça !

Le 26 mai, je suis allée au parc Borély pour visiter le Musée de la porcelaine, des arts décoratifs et de la mode. Ce fut une véritable révélation ! Premièrement, le musée est gratuit. Deuxièmement, plusieurs pièces du palais ont conservé leurs intérieurs authentiques — absolument magnifiques ! Troisièmement, il possède une collection permanente de porcelaine et de faïence tout simplement stupéfiante, des objets d’une beauté et d’un raffinement extraordinaires.

Quatrièmement, on y organise régulièrement des expositions consacrées à la haute couture. Je me souviens que lors de ma première visite, il y avait une exposition dédiée à la couleur jaune. C’est au musée du palais Borély que j’ai vu pour la première fois de véritables créations de couturiers de renommée mondiale — un vrai bonheur pour une passionnée de mode comme moi. 

Le 2 juin, j’ai visité le Musée des Beaux‑Arts au palais Longchamp. Le palais lui‑même m’a profondément impressionnée (au fait, ce n’est pas du tout un palais, mais un château d’eau). ! Je ne l’avais jamais vu auparavant, même pas en photo, et j’ai eu un vrai choc quand je suis sortie du tram au bon arrêt et que mon regard a découvert la colonnade enchanteresse du palais, son décor sculpté splendide et ses cascades majestueuses. Je ne comprends toujours pas pourquoi cet endroit d’une beauté magique n’est pas encore devenu une attraction touristique mondialement connue !

Le musée des Beaux‑Arts s’est révélé très digne d’intérêt, avec, dans sa collection, des œuvres de Rubens. L’exposition n’est pas très grande, mais elle vaut vraiment le détour. Le deuxième musée du palais Longchamp, le Muséum d’Histoire naturelle, était fermé à ce moment‑là ; je l’ai visité plus tard, et lui aussi m’a beaucoup plu.

Valère Bernard
(10 février 1860 – 6 octobre 1936)
« Au soleil »

Le dernier événement culturel de mon premier mois à Marseille a été le concert du groupe ukrainien DakhaBrakha, qu’ils donnaient en accès libre au fort Saint‑Jean au début du mois de juin. J’étais déjà allée à l’un de leurs concerts à Kyiv. Ce groupe tourne dans le monde entier, ils se produisent rarement même chez eux, à Kyiv, alors pouvoir assister à leur concert une nouvelle fois a été pour moi une vraie chance. Je suis convaincue que c’est le meilleur groupe ukrainien actuel. Leur style est tout à fait singulier. Ce sont des chants traditionnels qu’ils recueillent dans des villages reculés partout en Ukraine, puis qu’ils retravaillent dans des arrangements originaux. Écoutez‑les, on trouve pas mal de morceaux sur YouTube. « Vesna » est ma préférée.

Bien sûr, je me suis aussi beaucoup promenée dans la ville, j’ai exploré tous les recoins du quartier du Panier, j’ai marché le long de la Corniche, j’ai vu les plages, le palais du Pharo, j’ai découvert l’ancien village de Château‑Gombert, près duquel j’habite — je n’ai pas passé un seul jour à la maison, malgré la chaleur accablante de l’été 2022.

Et c’est ainsi que s’est terminé mon premier mois à Marseille. On continue plus tard, d’accord ? Tout ne faisait que commencer.

1 commentaire pour “Mon Marseille, mes découvertes”

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