« Souvenirs d’Avenir » à Allauch

Le week‑end dernier, je suis allée dans le petit village d’Allauch, à dix minutes en bus du métro La Rose. C’est l’un de mes endroits préférés pour les promenades du dimanche, et cette fois, le bonus agréable, c’était la visite d’une exposition de photos de Jean‑Marie Périer dans l’ancien bâtiment de l’usine électrique. Je recommande vivement d’y aller.
L’exposition s’appelle «Souvenirs d’Avenir », on y présente une centaine de photographies de Jean‑Marie Périer, toujours vivant. Ce sont surtout des portraits des années 60.

Il paraît que lors de l’ouverture en novembre, l’auteur était présent et a même fait une séance de dédicaces. Bien sûr, je ne savais rien de lui avant, j’ai trouvé toutes les informations plus tard sur Internet. Mue par une curiosité un peu tiède, j’y suis allée sans grand enthousiasme — fatiguée, apathique, comme toujours à la fin de l’hiver. Je suis ressortie dans un état d’esprit complètement différent : vive, légère — les photos de Jean‑Marie Périer m’ont fait une impression incroyable.

C’est un véritable hymne à une époque, un concentré de son énergie jeune et saine. Le titre de l’exposition est très juste : «Souvenirs d’Avenir», car les photos de Périer sont comme des fenêtres grandes ouvertes par lesquelles, dans la routine étouffante et peu joyeuse, s’engouffrent l’air de la liberté, de la jeunesse, du jeu. Ah, dommage que ce ne soit pas le futur, mais un passé lointain, et en plus pas le mien. Mais l’effet est tel que, quelques instants, on se retrouve malgré soi plongé dans ce passé frais et éclatant, même s’il est étranger.

L’exposition est une galerie de portraits de stars du cinéma et de la chanson des années 1960 — des portraits magnifiques, vivants, chaleureux. Johnny Hallyday, Claude François, Sylvie Vartan, Françoise Hardy — vingt ans, presque des enfants, sans vernis de star, sans fatigue dans les yeux. Beaucoup de visages m’étaient inconnus. Quand le Rideau de fer est tombé et que dans l’ex‑URSS on a commencé à écouter la musique occidentale, l’époque de nombreux héros de ces portraits était déjà révolue. Il s’est avéré que beaucoup d’entre eux ne sont plus en vie, mais j’avais pourtant l’impression d’avoir croisé le regard de vieux amis, toujours jeunes et insolents.

Françoise Hardy et l’esprit yé-yé
J’ai été fascinée par les portraits de Françoise Hardy — chaleureux, intimes, poétiques. Plus tard, j’ai lu sur Internet qu’elle appartenait au mouvement musical « Yé‑yé », une chanteuse immensément populaire en France dans les années 60 — chez moi, malheureusement, elle était totalement inconnue.

Ses portraits m’ont paru particulièrement attirants : une jeune fille ravissante, fine et souple, nous regarde tantôt rêveuse, tantôt joyeuse, tantôt insolente. Impossible de détacher les yeux d’elle, son énergie ensorcelle vraiment. Comment le photographe a‑t‑il réussi à transmettre cette force vitale et ce charme ? Ce n’est pas seulement une question de maîtrise — l’auteur regardait Françoise avec les yeux d’un homme amoureux, Jean‑Marie ayant eu dans les années 60 une histoire passionnée avec la chanteuse. Avec Johnny Hallyday, l’Elvis français, il avait une amitié de longue date : il fut en quelque sorte son photographe‑chroniqueur toute sa vie. Je pense qu’il éprouvait pour tous ses modèles une vraie sympathie, un intérêt sincère — et l’objectif du maître transmet ces sentiments avec une précision incroyable.

Je suis sortie de l’exposition avec un sourire aux lèvres. J’étais tellement impressionnée que, rentrée chez moi, j’ai réécouté une dizaine de petites chansons de Françoise Hardy et, en même temps, j’ai regardé le film de Godard «À bout de souffle» avec le jeune Belmondo. Je me suis surprise à penser que je ne l’avais jamais vu — et comment peut‑on parler des années 60 sans Godard ?!

À propos des années 60.
J’ai toujours eu une sorte de faiblesse étrange pour cette époque. Je suis née en 1971, donc je ne peux en juger que par les chansons, les films et les photos — et tout cela me plaisait énormément. J’adore la mode façon Séverine dans « Belle de jour » de Luis Buñuel — les tenues de Catherine Deneuve étaient signées Yves Saint Laurent. Ce film, je l’ai vu seulement à la toute fin des années 80, quand il est sorti en salles — l’URSS était déjà en train de s’effondrer, et sur nos écrans ont « déferlé » les films autrefois interdits. Parmi les films « autorisés », il y avait les adorables « Parapluies de Cherbourg » — encore Catherine Deneuve, encore elle, icône de style pour des centaines de femmes soviétiques.

Les années 60 en Union soviétique furent marquées par une passion pour tout ce qui était français. Charles Aznavour et Mireille Mathieu venaient en tournée. À la télévision, on passait les films sur Fantômas, « Fanfan la Tulipe », « Le Comte de Monte‑Cristo » et, bien sûr, la série de films sur Angélique. On publiait Sartre et Camus, prudemment, avec des coupures. Françoise Sagan était à la mode.

En URSS, il n’y eut pas de « sixties » au sens où on en parle en Europe ou aux États‑Unis. Une révolte de la jeunesse dans un État totalitaire était impensable. Il y eut un certain assouplissement de la censure après la mort de Staline, quand Nikita Khrouchtchev dénonça le culte de la personnalité, mais ces changements eurent lieu plus tôt, au milieu des années 50. Les répressions de masse cessèrent, beaucoup de prisonniers politiques furent amnistiés. Pendant un temps, une illusion de liberté apparut — on appela cette période le « Dégel », mais cela ne dura pas.
Dans la décennie d’après‑guerre, la vie devint plus facile, on ne mourait plus de faim. On construisait massivement des logements, beaucoup reçurent un appartement d’État. En 1961, Gagarine partit dans l’espace — et ce fut sans doute le dernier événement lumineux de cette époque. Ensuite vinrent la crise de Berlin et la construction du Mur, puis la crise des missiles de Cuba avec un nouveau tour de la Guerre froide, puis la fusillade des ouvriers révoltés à l’usine de locomotives électriques de Novocherkassk, les grands procès politiques contre les dissidents, le « coup silencieux » qui renversa Khrouchtchev, et enfin l’événement le plus catastrophique — l’entrée des chars soviétiques en Tchécoslovaquie en 1968.

Sur le plan culturel, bien sûr, certaines choses changèrent. Un nouveau langage cinématographique apparut. Quelques films soviétiques assez novateurs virent le jour. Certains devinrent cultes parmi les critiques, mais ne furent pas vraiment aimés du grand public (les premiers films de Tarkovski, par exemple). La musique populaire changea un peu, quelques influences de mode filtrèrent, mais comparé aux bouleversements qui traversaient l’Occident, ce n’étaient pas des secousses tectoniques.


Mes parents dans les années 1960. À droite, ma mère apprend à ma sœur à tricoter. Elle porte une minijupe!

Je ne me souviens pas que ma mère m’ait raconté quelque chose de particulier sur les années 60. Ma sœur est née en 1958, en Extrême‑Orient. Mes jeunes parents sillonnaient le pays, changeant au moins dix fois d’endroit de vie en dix ans — Okhotsk, Oust‑Kamenogorsk, Mary, Alma‑Ata, Gatchina. Je doute qu’ils aient eu les moyens ou le temps de suivre la mode ou les nouveautés du cinéma.
J’aimais souvent regarder les photos noir et blanc de ma famille — ma sœur y est une petite fille, et moi je n’existe pas encore. Malgré cette vie « nomade », ma mère, sur ces photos, est une vraie « fashionista » : jupes au‑dessus du genou, chaussures pointues à talon épais, chignon crêpé, robes géométriques et sobres — exactement comme Catherine Deneuve. Un jour, j’ai trouvé dans un placard ses vieilles bottes en daim d’un impossible violet framboise — un clin d’œil évident venu tout droit des sixties.
Si vous vivez à Marseille, allez voir l’exposition, vous ne le regretterez pas ! Elle dure jusqu’au 29 mars.