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Découvrir la Provence par les livres et le cinéma

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La « Provence » de mon enfance : mayonnaise et robes à fleurs

À l’époque soviétique, on trouvait dans chaque magasin de la mayonnaise « Provençale » — et j’ai trouvé assez drôle de découvrir qu’en Provence, en réalité, la mayonnaise n’est pas vraiment à l’honneur. Bien sûr, on en verse des litres dans les kebabs et les fast‑foods du centre de Marseille, mais dans la haute cuisine, personne ne considère un plat avec de la mayo industrielle comme quelque chose de sérieux. 

Je savais aussi ce que voulait dire « style provençal » dans la mode — je voyais parfois cette expression dans les magazines. En général, c’était une robe à volants, un peu rustique, à petites fleurs (et soit dit en passant, ce genre de robe ne me va absolument pas). 

C’est ainsi que l’IA a imaginé une robe de style « provençal ».

Plus tard, avec l’arrivée d’Internet, j’ai commencé à tomber sur des posts de blogueurs voyageurs, mais je les faisais défiler sans m’attarder — à quoi bon rêver de l’inaccessible ? 

Et puis, il y a quatre ans, le destin m’a déposée ici, et je me suis aussitôt plongée dans les livres et les films sur la Provence et Marseille, et bien sûr, j’ai beaucoup voyagé (j’en parle dans les posts précédents). 

Mes premières portes d’entrée : Peter Mayle

Le premier livre que j’ai lu en arrivant à Marseille, c’était « Une année en Provence » de Peter Mayle. J’ai adoré, j’étais ravie, je riais comme une folle. Je me souviens que je la lisais sur mon smartphone dans le métro et que j’éclatais de rire — au point que les autres passagers me regardaient avec méfiance. Mayle décrit les habitudes des villageois, ses relations avec les artisans qui rénovaient sa maison, les attentes interminables pour qu’un travail soit fait, le vin local, le mistral, les invasions de hordes de parents et d’amis décidés à lui rendre visite coûte que coûte. Je ne sais pas si les Français aiment ce livre, peut‑être qu’ils y voient des clichés, mais moi, il m’a beaucoup plu. À propos, une série du même nom a été diffusée à l’époque, mais je n’ai malheureusement pas réussi à la trouver pour la regarder.

Quant au film « Une grande année », tiré du roman de Mayle, j’ai essayé de le regarder plusieurs fois, mais j’ai toujours abandonné. Le charisme de Russell Crowe ne me fait aucun effet, je ne fais pas partie de son fan‑club, et je n’ai jamais réussi à aller au bout du film. 

La révélation Marcel Pagnol : un univers du Sud

La découverte suivante — Marcel Pagnol. Je me souviens avoir cherché sur Internet des films sur la Provence et être tombée sur « Le Château de ma mère » d’Yves Robert, sorti en 1990. Il était doublé en russe, donc je l’ai regardé sans difficulté. Je l’ai trouvé absolument charmant, et j’ai commencé à chercher des informations. C’est ainsi que j’ai appris que l’auteur du livre, Marcel Pagnol, est l’un des pionniers du cinéma français. 

Quand je suis arrivée à Marseille, j’ai passé les trois premières semaines dans un hôtel dont les fenêtres donnaient sur la cour du collège où étudiait Marcel Pagnol.

Et puis, j’ai eu une révélation. Il se trouve que, enfant, j’avais un livre intitulé « L’Enfance de Marcel », une compilation en russe de quatre récits « d’enfance » de Pagnol : « La Gloire de mon père », « Le Château de ma mère », «Le Temps des secret s» et « Le Temps des amours ». Quelqu’un me l’avait offert pour mon anniversaire, j’avais neuf ans. Très étrange, mais je ne l’ai jamais lu, alors qu’à l’époque je lisais énormément, tout ce qui me tombait sous la main. Peut‑être qu’il y avait une préface ennuyeuse, et ça m’a découragée. Je m’étais mis en tête que c’était l’histoire d’enfants révolutionnaires héroïques vivant dans la misère sur le port de Marseille. 

Il n’est jamais trop tard pour rattraper ce qu’on a manqué ! 

J’ai facilement trouvé le texte dans une librairie en ligne et j’ai acheté la version électronique pour mon liseuse. J’ai tout lu en deux jours, avec un immense plaisir. J’ai aussi lu tout ce que j’ai pu trouver sur Marcel Pagnol et son influence sur la culture locale. C’est vraiment une figure culte en France, et surtout dans le Sud. C’est plus que de la célébrité : il existe même un phénomène appelé « le monde de Marcel Pagnol » — un univers merveilleux de collines boisées autour d’Aubagne, de vent marin salé et de personnages inoubliables du vieux Marseille. 

Des sculptures en cire représentant les personnages principaux du film Le Château de ma mère. Musée du Cinéma, Château de la Buzine.

Ensuite, j’ai trouvé sur YouTube deux films en français de sa « Trilogie marseillaise » : « Marius » et « César ». Je les ai regardés sans même essayer de comprendre les dialogues : pour un étranger, c’est impossible. Je pense que même les Français qui ne parlent pas l’argot marseillais ont du mal. Les personnages parlent trop vite, utilisent beaucoup de mots dialectaux et d’expressions idiomatiques, mais on comprend quand même l’intrigue générale et l’essentiel des dialogues, car les acteurs jouent beaucoup avec les gestes et les mimiques. 

Groupe de santons « La partie de cartes », inspiré du film  » Marius « .

Films, villages et bastides : sur les traces de la Provence réelle

Puis je suis passée à « Jean de Florette » et « Manon des sources ». Quelques mois plus tard, j’ai eu la chance d’aller à Mirabeau (Vaucluse), un petit village où ont été tournées de nombreuses scènes du film sur Manon — il y a même une statue en son honneur. 

Mirabeau (Vaucluse)

Les rôles principaux étaient tenus par Yves Montand (César Soubeyran, son dernier rôle), la jeune Emmanuelle Béart et un Daniel Auteuil méconnaissable. Les deux derniers vivaient alors une histoire d’amour passionnée qui allait durer dix ans, mais dans le film, Manon méprise le personnage d’Auteuil (Ugolin) , responsable de la mort de son père, et en plus, il n’est pas très séduisant — on l’avait lourdement grimé.

Figures de cire au Musée du Savon de Marseille : César Soubeyran, dit « le Papet » (Yves Montand) et Ugolin Soubeyran (Daniel Auteuil).

Pour la jeune actrice, ce n’était pas simple de jouer la haine et le dégoût. Pour la scène du bain dans la source, Béart devait se déshabiller, mais elle était très gênée, et le réalisateur, Claude Berri, pour l’encourager et donner l’exemple, s’est déshabillé devant tout le monde et s’est jeté lui‑même dans l’eau glacée. Le film est marquant, l’histoire est poignante, lumineuse, un peu sentimentale à mon goût, mais je le recommande à tout le monde — le jeu est excellent, et la beauté de la Provence ne laisse personne indifférent. 

Château de la Buzine

Après avoir vu tous ces films, j’ai commencé à chercher des lieux liés à Marcel Pagnol. Je suis tombée sur le nom « Château de la Buzine ». Sur les photos, ça avait l’air plutôt joli, le château se trouvait dans la ville, on pouvait y aller en transports en commun. Je suis partie aussitôt à l’adresse indiquée.

Château de la Buzine

Bien sûr, je suis descendue au mauvais arrêt et j’ai dû marcher longtemps sous la chaleur, mais mes souffrances ont été récompensées : bientôt, une magnifique bastide ancienne perchée sur une colline, entourée d’un beau parc, s’est offerte à mes yeux. Je ne savais pas encore ce qu’il y avait dans le bâtiment, j’ai pensé que c’était une sorte de club de cinéastes. En réalité, il abrite le Musée du cinéma, où je ne suis entrée que beaucoup plus tard, environ un an après. Lors de ma première visite, je n’ai pas osé entrer : à l’époque, je ne parlais presque pas français. Je me suis donc contentée de me promener dans le parc. 

Musée du cinéma

Marcel Pagnol était un grand fabulateur. Il avait acheté ce bâtiment pour son « usine à films » par l’intermédiaire d’un assistant. Il décrivait très joliment sa première visite, lorsqu’il avait découvert avec étonnement que, par un miracle, c’était exactement le « Château de sa mère » qu’il avait décrit dans sa nouvelle. Très probablement, c’était encore une de ses mystifications : dans le livre, le canal de Marseille passe juste à côté du château, alors qu’il n’y en a aucun près du « Château de la Buzine ». 

Je me souviens qu’en me promenant dans le parc, j’ai décidé de me reposer dans l’ombre épaisse projetée par la cime d’un immense vieux pin. J’ai étalé mon foulard sur l’herbe déjà brûlée et je me suis allongée directement au sol, les jambes étirées avec délice. Je regardais les rares nuages à travers les aiguilles qui dansaient dans le vent. Les cigales hurlaient, l’herbe me chatouillait la nuque, quelque chose me grimpait sur les jambes, mais j’étais parfaitement sereine. À l’ombre, il faisait si bon, pas trop chaud, et la journée m’avait assommée par la chaleur et les impressions.

C’était si agréable de simplement traîner là, sans rien faire, au pied de la vieille bastide, sans se presser, sans se cacher de rien. J’ai fermé les yeux et j’ai essayé de graver cette sensation. Qu’elle devienne une petite île de calme que je garderai dans ma mémoire, pour m’y réfugier quand une nouvelle vague de tracas et d’agitation m’engloutira. 

On a assez reposé à l’ombre ? Il est temps d’avancer. 

Le fait que le célèbre Château d’If se trouve sur l’île du même nom, juste à côté de Marseille — je crois que je ne l’ai vraiment réalisé qu’en arrivant ici. Dans l’espace post‑soviétique, l’histoire du Comte de Monte‑Cristo est connue de tout le monde, j’en parle dans l’un de mes précédents posts

Image extraite du film « Avis de mistral » (2014)

Il y a aussi un film assez amusant, « Avis de mistral » (2014) avec Jean Reno. Une gentille comédie familiale, un peu naïve mais agréable, qu’on peut regarder une fois. Jean Reno y joue un un bonhomme provençal grincheux qui produit de l’huile d’olive. D’ailleurs, Reno possède lui‑même un domaine à Les Baux‑de‑Provence où il… produit de l’huile d’olive. 

Il existe pas mal de films sur Marseille aussi. Parmi eux, j’ai aimé le sympathique « Marseille » (2016), réalisé par Kad Merad, qui joue aussi le rôle principal. C’est une comédie assez amusante sur deux frères : l’un vit à Marseille, l’autre (un peu snob et guindé) au Canada. Le Canadien vient voir leur père et finit par tomber amoureux de cette ville qu’il détestait auparavant. 

Et vous, quels sont vos livres ou films préférés sur la Provence ou Marseille ?
Partagez vos recommandations en commentaires — je serai ravie de les découvrir.

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