La Route des Crêtes : la plus belle façon de découvrir le Verdon

J’étais déjà venue une fois tout près des gorges du Verdon, complètement fascinée par le turquoise de ses eaux, et je voulais absolument y retourner. J’ai réussi à y retourner pendant mes récentes vacances. Cette fois, j’avais la possibilité d’explorer véritablement le canyon, en suivant la route qui longe le rebord du canyon, la Route des Crêtes. C’est un itinéraire panoramique sur la rive droite du Verdon, qui emprunte la départementale D23. On y trouve les belvédères Belvédère de la Maline, Belvédère de la Carelle, Belvédère de la Dent d’Aire et la plupart des plateformes prisées par les touristes pour observer les vautours fauves (c’est là que je les ai vus). En été, la partie centrale de cette route devient à sens unique.

À mon grand bonheur, les belvédères sont protégés par des barrières, j’ai une peur affreuse du vide. De là, on découvre des vues vertigineuses sur les zones les plus profondes du canyon. Parmi les sites les plus impressionnants figurent Col d’Illoire (altitude environ 967 m), Cirque de Vaumale, Falaise de Baucher, Falaise des Cavaliers, Tunnel du Fayet, Pont de l’Artuby et Balcon de la Mescla. Sur la rive gauche, il existe aussi une route, la Route de la Corniche Sublime, qui fait partie de la départementale D71.

Les gorges du Verdon sont le plus grand canyon d’Europe : elles mesurent environ 25 kilomètres de long, leur profondeur maximale atteint 700 mètres, et leur largeur varie de 6 à 100 mètres en bas, jusqu’à 200–1500 mètres sur les bords supérieurs. La rivière Verdon serpente si profondément au fond des gorges qu’on l’aperçoit difficilement depuis certains belvédères. J’ai vu en bas un groupe de touristes avançant le long du lit de la rivière, et on ne les distinguait que grâce à leurs vestes rouge vif : vus d’en haut, ils ont la taille d’une tête d’épingle.



Le canyon s’est formé dans un massif de calcaire jurassique âgé de 150–200 millions d’années, et son creusement définitif a eu lieu au cours du Quaternaire sous l’action de puissants flux d’eau — autrement dit, les eaux de la rivière ont, il y a très longtemps, entaillé la roche, créant ce canyon profond et étroit.

Les secrets de la couleur du Verdon
La rivière Verdon, longue de 166 kilomètres, possède une couleur turquoise caractéristique à cause des micro‑particules de calcaire. Autrement dit, la célèbre couleur turquoise du Verdon s’explique par la géologie des lieux : l’eau arrache aux roches locales des poussières microscopiques de calcaire (carbonate de calcium) et d’argile. Le jeu particulier de la lumière compte aussi : ces particules en suspension fonctionnent comme de minuscules prismes (vous vous souvenez du cours d’optique à l’école ?). Elles absorbent les ondes lumineuses plus longues (rouges, jaunes) et diffusent les plus courtes — bleues et vertes. C’est cet effet optique, ajouté à la pureté de l’eau de montagne, qui crée cette incroyable nuance émeraude‑turquoise.

La couleur scintille particulièrement dans les eaux des lacs artificiels formés après la construction de plusieurs barrages. Mais même au fond du canyon, où la rivière se faufile comme un mince serpent, on arrive à distinguer cette teinte d’un éclat saisissant.

Dans la partie inférieure du canyon se trouve le lac de Sainte‑Croix (c’est là que j’avais choisi cette fois un petit hôtel pour la nuit).
Le lac est artificiel, créé en 1974 lors de la construction du barrage. Il est assez grand — sa superficie est de 22 km². Lors de son remplissage, l’ancien village de Salles‑sur‑Verdon a été submergé, et ses habitants ont été relogés ailleurs. Décrire la beauté du lac est difficile — il est éblouissant ! Cette fois, le charme du voyage était renforcé par la floraison de la lavande : tout autour, jusqu’à Valensole, les paysages étaient couverts de vastes étendues violettes de lavande.

Qu’est-ce qui attire les touristes ici ?
C’est un endroit très fréquenté, surtout en été. Les eaux des lacs artificiels, alimentés par des ruisseaux et torrents de montagne, sont très froides. Sous une chaleur infernale, se plonger dans cette eau turquoise et glacée fait un bien fou. La région du Verdon accueille chaque année entre 1,2 et 1,5 million de visiteurs. Les zones les plus populaires sont le lac de Sainte‑Croix, les belvédères de la Corniche Sublime et le sentier Blanc‑Martel, long d’une quinzaine de kilomètres, que l’on parcourt en moyenne en cinq à six heures. Au pic de la saison estivale, les plages et bases nautiques du lac accueillent jusqu’à 5 000 à 7 000 personnes par jour.

On dit aussi que le Verdon est l’un des centres majeurs de l’escalade européenne : plus de 1500 voies sont équipées sur ses parois, dont beaucoup atteignent 300–400 mètres de hauteur.
Les vautours, maîtres du ciel du Verdon
Le canyon abrite une importante population de vautours, reconstituée en 1999 ; aujourd’hui elle compte plusieurs centaines d’individus, dont une bonne demi‑douzaine que j’ai vus de mes propres yeux. La population de vautours du Verdon est l’un des projets écologiques les plus réussis d’Europe. Au début du XXᵉ siècle, à cause de la chasse et des poisons agricoles, ces oiseaux avaient complètement disparu des Alpes françaises. Ce que les touristes voient aujourd’hui est le résultat d’un long programme scientifique de réintroduction.

Dans les gorges du Verdon, on peut rencontrer trois espèces de vautours, et parfois un quatrième, le plus rare — le gypaète barbu. Le plus répandu est le vautour fauve. Les douze premiers oiseaux ont été relâchés en octobre 1999 près du village de Rougon. Depuis, plus de 1 100 oisillons sont nés. Ce sont eux que j’ai observés depuis les belvédères de la Route des Crêtes. Les oiseaux sont très grands, on les distingue de loin — leur envergure atteint 2,8 mètres, leur poids varie entre 8 et 11 kilos.

La deuxième espèce locale est le vautour moine (Vautour moine), que je n’ai pas eu la chance de voir. C’est une espèce classée sur la Liste rouge de l’UICN. On a commencé à la réintroduire plus tard, en 2005. Environ quarante oiseaux ont été relâchés, venus de zoos et de centres de réhabilitation espagnols. Le premier oisillon né à l’état sauvage dans le Verdon a éclos seulement en 2013. La population croît lentement, on compte aujourd’hui environ cinq à sept couples se reproduisant régulièrement. C’est l’un des plus grands rapaces du monde, avec une envergure pouvant atteindre trois mètres. Contrairement aux vautours fauves, ils ne nichent pas sur les falaises nues, mais au sommet de grands arbres poussant sur les pentes.

Avec beaucoup de chance, on peut aussi apercevoir le percnoptère d’Égypte (Vautour percnoptère). C’est une espèce migratrice : elle ne vit pas dans le Verdon toute l’année, mais arrive au printemps depuis l’Afrique (au sud du Sahara) pour se reproduire. Seules quelques paires nichent régulièrement sur les falaises du Verdon, où elles sont observées depuis 2011. Ils sont nettement plus petits que les vautours fauves (envergure d’environ 1,6 m) et se distinguent par la peau jaune vif de leur tête et leur plumage blanc.

Les vautours sont absolument sans danger pour les humains et le bétail vivant. Ce sont des nécrophages stricts. La forme de leurs pattes et de leurs griffes fait qu’ils sont physiquement incapables d’attraper, soulever ou tuer une proie vivante comme le font les aigles. Ils n’ont pas la force de serrage nécessaire. Ils sont les éboueurs naturels des montagnes. Les histoires de vautours volant des enfants ou du petit bétail — ce sont des contes de films d’aventure.

Le projet de reconstitution des populations de vautours a réussi grâce à la coopération entre scientifiques, écologistes et bergers locaux. Dans la région, on a créé des « placettes de nourrissage » spécialement aménagées, où les éleveurs déposent les carcasses de brebis mortes de causes naturelles. Pour les bergers, c’est un moyen gratuit de se débarrasser des carcasses, et pour les vautours — une nourriture sûre, sans risque d’empoisonnement par des produits chimiques.
Des restrictions sont même prévues pour les grimpeurs. Pour éviter que les humains ne dérangent les oiseaux pendant la période de couvaison, la LPO, avec le Parc naturel régional du Verdon, ferme chaque année temporairement jusqu’à quarante voies d’escalade qui passent trop près des nids occupés. Des panneaux de mise en garde sont installés au pied des falaises.
J’ai lu que la région abrite aussi des aigles royaux, des faucons pèlerins et plus de deux mille espèces de plantes, dont de rares endémiques des reliefs karstiques.
La vie autour du Verdon
La vie actuelle autour du Verdon se concentre dans de petites communes comme Castellane (environ 1600 habitants), le magnifique Moustiers‑Sainte‑Marie (environ 700 habitants, j’en parlerai à part), La Palud‑sur‑Verdon (environ 300 habitants) et Les Salles‑sur‑Verdon, reconstruit après l’engloutissement de l’ancien village (environ 250 habitants).

L’économie de ces villages repose sur le tourisme, l’agriculture et l’artisanat. On cultive la lavande dans les environs, on produit des huiles essentielles, du miel et de l’huile d’olive ; l’élevage ovin est bien développé et fournit la viande sous l’appellation Agneau de Sisteron IGP. On fabrique dans la région le fromage Banon AOP, enveloppé dans des feuilles de châtaignier, ainsi que différentes tommes. Moustiers‑Sainte‑Marie est un centre de faïence traditionnelle, produite ici depuis le XVIIᵉ siècle ; une dizaine d’ateliers y perpétuent la peinture à la main. À Castellane fonctionne la brasserie locale Brasserie du Verdon. L’infrastructure touristique comprend des dizaines de campings, d’hôtels et de restaurants, ainsi qu’un réseau routier développé, dont les axes essentiels sont la D952 et la panoramique Corniche Sublime.

Historiquement, le canyon s’est fait connaître après l’expédition d’Édouard‑Alfred Martel en 1905, qui en a documenté la traversée pour la première fois. Au XXᵉ siècle, la région a été profondément transformée par la construction d’ouvrages hydrauliques. Sur la rivière Verdon, tout un ensemble d’aménagements a été édifié. Entre 1929 et 1975, cinq grandes centrales et barrages hydroélectriques ont été construits, modifiant complètement le paysage et transformant la rivière torrentielle en un système maîtrisé.

Le Verdon domestiqué
Ces ouvrages remplissent plusieurs fonctions essentielles : production d’énergie propre, création de réserves stratégiques d’eau douce pour la Provence (dont Marseille), irrigation des terres et protection contre les crues.
La régulation de la rivière se fait par étapes — des hauteurs jusqu’à l’aval :
1) Barrage de Castillon : le premier grand barrage, dont la construction a commencé dans les années 1920 et s’est achevée après la Seconde Guerre mondiale. Il a formé le lac de Castillon, engloutissant l’ancien village du même nom. La hauteur du barrage est de 95 mètres.
2) Barrage de Chaudanne : situé un peu plus bas, près de Castellane. C’est un barrage « tampon ». C’est à son niveau que l’on régule directement le débit dans le canyon du Verdon.
3) Barrage de Sainte‑Croix : l’ouvrage le plus imposant du système (hauteur 95 m), construit dans les années 1970. Il retient un volume colossal — 761 millions de m³ — et forme le célèbre lac turquoise de Sainte‑Croix à la sortie des gorges. Pour ce projet, le village de Les Salles‑sur‑Verdon a été entièrement englouti (j’en ai déjà parlé : il a été reconstruit plus haut sur le versant).
4) Le barrage de Quinson : situé plus bas sur le cours du Verdon, il forme un réservoir étroit et allongé.
5) Le barrage de Gréoux : dernier ouvrage du système, à l’origine du lac d’Esparron. C’est à partir d’ici que commence le Canal de Provence, qui fournit en eau potable et technique toute la région.

La gestion de l’eau est assurée par l’entreprise publique EDF. Le calendrier des lâchers d’eau du barrage de Chaudanne est crucial pour tous ceux qui prévoient une sortie dans les gorges. Les jours de lâcher (généralement le mardi et le vendredi en été), le barrage s’ouvre, le courant dans le canyon devient rapide et puissant. Le débit grimpe à 10–13 m³ par seconde, contre 1,5 à 3 habituellement. La rivière se transforme instantanément en un flot rugissant. C’est le moment idéal pour le rafting, le kayak et l’hydrospeed. Les randonnées au fond du canyon sont interdites ces jours‑là pour des raisons de sécurité.

Les autres jours, le niveau de l’eau baisse fortement et la rivière redevient paisible. Les flux d’eau ne gênent pas les promeneurs qui marchent dans le lit du Verdon.
En 1997, le Parc naturel régional du Verdon a été créé pour encadrer l’usage du territoire et protéger les écosystèmes. Aujourd’hui, le Verdon est considéré comme l’un des sites naturels les plus importants de Provence et l’un des canyons les plus visités d’Europe.

Beaucoup connaissent l’image des cartes postales et des brochures touristiques : l’eau turquoise entre les parois abruptes, le Pont du Galetas et les petites embarcations. Sur les photos, on voit généralement le pont, sous lequel passent pédalos et kayaks, puis les parois étroites du canyon qui montent presque à la verticale. C’est l’entrée des gorges du Verdon depuis le lac de Sainte‑Croix, la partie supérieure, là où la rivière Verdon rejoint le lac par un couloir étroit entre les rochers. C’est l’endroit le plus fréquenté du secteur, bondé de touristes ; les week‑ends, on n’y avance pas. C’est très photogénique, mais pique‑niquer dans un lieu aussi animé — plaisir discutable.

En alternative pour une balade en bateau, je peux recommander sans hésiter Esparron, où je suis allée l’an dernier. L’eau y est toujours aussi bleu‑vert, les falaises tout aussi belles, mais il y a infiniment moins de monde. Le village et le lac d’Esparron‑de‑Verdon se trouvent plus bas sur le cours du Verdon, à la frontière entre le Var et les Alpes‑de‑Haute‑Provence. Le lac d’Esparron est l’un des cinq lacs du système hydraulique du Verdon. Il est connu pour être l’un des rares lacs de la région où les bateaux à moteur traditionnels sont totalement interdits ; seules de petites embarcations électriques sont autorisées.

Cela rend le lac particulièrement calme et adapté au kayak, aux pédalos et à la baignade. Contrairement à Sainte‑Croix, Esparron a une ligne de rivage plus sinueuse et abrupte, avec de nombreuses petites criques et des couloirs d’eau étroits, formés par l’inondation de l’ancienne vallée du Verdon — ce n’est donc pas un lieu de plage. Le village d’Esparron, perché au‑dessus du lac, est un village provençal typique, avec un petit port, des plages et des infrastructures pour les activités nautiques.

Si vous préférez vous détendre sur une plage, mais sans la foule, mieux vaut s’éloigner un peu des gorges le long du lac de Sainte‑Croix — il y a de la place pour tout le monde. On y trouve d’excellents petits hôtels privés, avec un service impeccable, de délicieux petits déjeuners en terrasse et une vue sur le lac (par exemple chambres d’hôtes Les Fenières). Tout près se trouve le divin restaurant Le Rhumarin (ah, leur canard laqué !). Le décor, les plats, le service — tout est superbe, avec des prix très raisonnables.