Aller au contenu
Accueil » Blog » Louis XIV et la métamorphose de Marseille

Louis XIV et la métamorphose de Marseille

  • par

Marseille punie, Marseille gagnante

Récemment, je vous parlais ICI des relations complexes entre Louis XIV et Marseille. Il ne s’y est rendu qu’une seule fois et n’y est resté que six jours, mais il a eu le temps de démanteler le repaire des rebelles et de réprimer à jamais les velléités d’indépendance des citoyens épris de liberté. Sur ses ordres, les fortifications médiévales furent rasées, les lois de l’administration locale modifiées et un contrôle étroit fut établi sur les institutions municipales. De plus, pour surveiller les citadins, deux puissantes forteresses (Saint-Nicolas et Saint-Jean) furent construites en un temps record pour abriter une importante garnison, chargée de garder l’œil sur les Marseillais et d’étouffer toute tentative de révolte. Toutes ces mesures paraissent bien sévères, mais avec le temps, il est apparu qu’à la suite de ces changements énergiques, la ville n’en est sortie que gagnante.

Jean-Baptiste Colbert et Louis-Victor de Rochechouart visitant la Galère Royale (Jean Baptiste I de La Rose)

Sous la pression de Louis XIV, l’élite dirigeante de Marseille a subi une humiliation politique et a perdu nombre de ses libertés, mais l’intervention du roi a simultanément servi de catalyseur pour transformer cette cité médiévale exiguë en une grande ville portuaire, militaire et commerciale. Le Vieux Marseille était littéralement serré dans ses remparts médiévaux autour de la rive nord du Vieux-Port. Si l’on compare les cartes de l’antique Massalia et de la ville à la veille de la visite du roi, on constate que la superficie urbaine n’avait pratiquement pas évolué au cours des siècles.

Un réaménagement et une extension de Marseille furent alors entrepris. Durant le long règne de Louis XIV, la superficie de la ville a presque triplé pour atteindre environ 195 à 200 hectares. Les anciennes parties est et sud-est des fortifications furent démolies, mais le roi ne priva pas la ville de sa protection — l’Espagne voisine étant toujours hostile. De nouveaux remparts furent érigés, simplement repoussés bien au-delà des anciennes limites de la ville. Il s’agissait de fortifications puissantes et étendues, dont il ne subsiste aujourd’hui qu’un petit fragment. Rue des Lices, dans le 7e arrondissement, tout près de Saint-Victor et du fort Saint-Nicolas, on peut voir les vestiges de ces remparts construits sous Louis XIV. Il s’agit d’une section du front bastionné sud, érigée vers 1692–1702.

Vestige du rempart construit en 1660 sur ordre de Louis XIV, rue des Lices à Marseille
Auteur Rvalette

De manière générale, la construction des nouveaux murs commença en 1669, ce qui en fait une structure assez tardive. On peut la trouver sur les cartes contemporaines sous le nom de « Rempart de Louis XIV ». Les chercheurs ont déterminé que, sous terre à cet endroit, les fondations d’autres fortifications subsistent : une portion du troisième bastion et de la courtine adjacente. Aujourd’hui, nous ne voyons qu’un mur de pierre à l’aspect de prime abord insignifiant le long de la rue. Si l’on ne prête pas attention à la plaque commémorative, on pourrait passer devant sans comprendre qu’il s’agit d’un vestige des fortifications urbaines du XVIIe siècle.

Claude Joseph Vernet, L’Intérieur du port de Marseille, vu du Pavillon de l’Horloge du Parc, 1754.
À gauche, les bâtiments de l’Arsenal des Galères.
Toutes ces immenses constructions occupaient le pourtour du port. Aujourd’hui, il n’en reste plus rien.

Les autres parties des remparts ont disparu, mais les lignes de leur périmètre ont survécu sur le plan de la ville : elles correspondent à certaines rues actuelles. Par exemple, une partie du front sud suit le cours Pierre-Puget ; les contours des bastions se retrouvent dans la configuration de la rue Armény, du boulevard Paul-Peytral et de la rue Paradis.

Sous Louis XIV, de grands travaux furent lancés à Marseille, car il avait été décidé de transformer la ville en un puissant centre naval. À partir des années 1660, on assiste à la construction d’un gigantesque Arsenal des Galères. Des chantiers navals existaient déjà ici à l’époque romaine, mais dans les années 1660, ils n’étaient plus qu’un souvenir. L’année de l’arrivée du jeune roi à Marseille (1660), la flotte royale se trouvait à Toulon et ne comptait que 6 navires en état de combattre. Ce que Louis XIV entreprit de bâtir ici, en collaboration avec Colbert, devint le projet du siècle. Le nouvel arsenal occupait une part considérable de la rive sud du Vieux-Port ; à la fin du XVIIe siècle, il fut encore agrandi. Outre les chantiers de construction proprement dits, on y trouvait des entrepôts, des ateliers, des bâtiments administratifs, des casernes pour les forçats et un hôpital qui leur était réservé. Il fallait également des structures pour loger les marins et les officiers de la marine de guerre, ainsi que des espaces pour les ouvriers et les marchands.

Jean-Baptiste de La Rose, Arsenal des Galères de la ville de Marseille, 1666.
On voit ici l’Arsenal des Galères au début de sa construction : les chantiers occupent déjà une partie considérable de la rive sud du Vieux-Port. Sous Louis XIV, cet ensemble allait deve
nir une véritable ville dans la ville, avec ses chantiers navals, ses ateliers, ses entrepôts, ses casernes et son hôpital pour les forçats (Qualité de la reproduction améliorée à l’aide de l’IA.)

Les autorités s’occupèrent du port lui-même. En 1668, Arnoul écrivait à Colbert que l’aménagement de la flotte était l’affaire la plus importante à Marseille. Il rendait régulièrement compte à Paris du curage du bassin, de la construction et de la réparation des chantiers navals et de la réorganisation des quais.

Colbert considérait Marseille comme un instrument puissant pour mettre en œuvre une politique globale visant à renforcer l’économie et le pouvoir royal, et à faire de la France la puissance dominante en Méditerranée, Marseille étant destinée à devenir le principal port de commerce français. Les décisions ultérieures de Colbert favorisèrent cet essor : le développement du commerce avec le Levant, l’octroi de libertés économiques à la ville et la politique maritime générale de l’État.

Un autre témoin du grand réaménagement de Marseille sous Louis XIV est la Halle Puget. Après l’agrandissement de la ville, l’ancien marché aux poissons de la place Vivaux était devenu trop exigu, et une nouvelle poissonnerie couverte fut construite dans la ville nouvelle. Son histoire réserve d’ailleurs une petite confusion amusante. Le bâtiment fut réalisé par un maître maçon nommé Pierre Puget — parfait homonyme du célèbre sculpteur, peintre et architecte marseillais Pierre Puget (1620–1694). La participation de ce dernier à la conception du projet reste possible, mais il ne faut pas confondre les deux hommes : le Pierre Puget qui dirigea les travaux n’était pas le célèbre sculpteur.

Sous Colbert, Marseille obtint le statut unique de port franc, exempté de la plupart des droits de douane sur l’importation et l’exportation. La ville reçut le droit d’importer en franchise des marchandises de l’Empire ottoman, d’Afrique du Nord et du Levant, ce qui stimula la croissance des maisons de commerce et l’afflux de capitaux. Parallèlement, Colbert obtint des accords diplomatiques garantissant aux marchands français des privilèges dans les ports ottomans, renforçant ainsi la position de Marseille comme principal intermédiaire entre la France et l’Orient. L’érection de nouvelles fortifications et la présence d’une forte garnison militaire assuraient la sécurité du commerce.

Attribué à Jean-Baptiste de La Rose, Projet d’aménagement de l’Arsenal des Galères de Marseille, 1668.
Cette vue représente le gigantesque projet d’extension de l’Arsenal des Galères, qui ne fut jamais réalisé dans son intégralité. On y voit notamment les immenses bâtiments prévus pour occuper une grande partie de la rive sud du port.
(Qualité de la reproduction améliorée à l’aide de l’IA.)

Tout cela augmenta immédiatement l’attrait de la ville pour les marchands étrangers et lui permit de rivaliser avec Livourne et Gênes, qui dominaient auparavant le commerce régional. C’est à cette époque que les villas et palais luxueux des riches marchands (et des fonctionnaires royaux, naturellement) commencèrent à apparaître en grand nombre à Marseille. Le quartier situé au-delà de l’actuel cours Belsunce et les pâtés de maisons le long de la Canebière furent rapidement bâtis. J’ai déjà mentionné, par exemple, que le gendre de Madame de Sévigné, François Adhémar de Monteil de Grignan, possédait à Marseille un immense domaine là où se trouve aujourd’hui le musée Cantini.

La Maison du Figaro, construite en 1673–1675 lors du grand agrandissement de Marseille décidé sous Louis XIV. Elle faisait partie du nouvel ensemble urbain aménagé à l’emplacement des anciennes fortifications médiévales.

Un aspect crucial de la politique de Colbert fut la création et le soutien de compagnies commerciales orientées vers la Méditerranée. Les compagnies du Levant et du commerce oriental reçurent des avantages administratifs et financiers, et leurs activités étaient étroitement liées au port de Marseille. Cela favorisa la formation d’une infrastructure stable pour le commerce maritime, incluant l’extension des docks et des entrepôts portuaires. Par ailleurs, Colbert cherchait à transformer Marseille en un centre industriel capable non seulement de servir les flux commerciaux, mais aussi de produire des biens destinés à l’exportation.

Le bâtiment de la capitainerie est le seul édifice de l’Arsenal des Galères qui ait subsisté jusqu’à nos jours.

Les réformes économiques s’accompagnèrent de changements dans la structure sociale de la cité. Colbert encouragea l’afflux d’artisans et de marchands étrangers en assouplissant les restrictions corporatives et en accordant des avantages pour l’ouverture de nouvelles manufactures. En conséquence, Marseille devint l’une des villes les plus cosmopolites de France, où cohabitaient des communautés marchandes italiennes, grecques, arméniennes, juives et ottomanes. Cette diversité favorisa le développement des liens commerciaux et renforça le rôle de la ville comme carrefour commercial international.

C’est Colbert qui donna à Marseille les privilèges de fabrication du savon pour concurrencer Gênes. C’est ainsi que virent le jour les premières grandes savonneries dans le quartier de Saint-Victor et près du port. En ces temps glorieux s’est formée une industrie qui deviendra plus tard le célèbre « savon de Marseille ». Toutes ces innovations donnèrent une impulsion au développement de nombreuses branches industrielles : production de tissus (en premier lieu pour les voiles et les sacs), ateliers de métallurgie, de fonderie et de menuiserie, production alimentaire et huileries.

Ici passait le canal de la Douane, qui permettait aux galères d’accéder aux bassins de l’Arsenal.

Malheureusement, il ne reste presque plus de traces matérielles directes des grandes compagnies marchandes du XVIIe siècle à Marseille : les bâtiments de bureaux et les entrepôts ont été reconstruits ou détruits au cours des siècles suivants. Cependant, deux éléments de l’environnement urbain témoignent de la présence des marchands de cette époque, bien qu’indirectement. Le premier est le plus vieux quartier de la ville, le Panier, qui a partiellement conservé son tracé historique. C’est ici que se trouvaient initialement les maisons et les comptoirs des marchands travaillant avec le Levant. Parmi les bâtiments visibles aujourd’hui, il n’en reste presque aucun datant du XVIIe siècle ; s’ils subsistent, c’est sous une forme remaniée. Mais la géométrie de nombreuses rues reste la même qu’à l’époque de Colbert.

Le canal de la Douane au début du XXe siècle.

La toponymie de la zone portuaire conserve également quelques traces de l’époque de Louis XIV. Les noms du quartier de « la Joliette » et de certaines rues adjacentes remontent au XVIIe siècle. C’est là que fut transféré le port de commerce. C’est ici que se développa l’infrastructure du commerce maritime : entrepôts, docks, locaux pour le traitement des cargaisons. Bien que les bâtiments actuels datent des XIXe et XXe siècles, les noms eux-mêmes et l’emplacement de ces quartiers sont directement liés à l’extension du port commencée sous Louis XIV.

« C’est la galère ! »

L’Arsenal des Galères est né à Marseille dans les années 1660 dans le cadre du programme de Colbert visant à faire de la ville le principal port méditerranéen de la Couronne. C’était une véritable cité de production : des bassins pour la réparation des galères, d’immenses magasins de gréement, des ateliers de charpente et de corderie, des logements pour les équipages, une prison pour les forçats et une capitainerie — le centre administratif. C’était une structure autonome, capable de construire et d’entretenir des dizaines de navires simultanément.

Le projet initial prévoyait un complexe encore plus vaste, que l’on peut voir sur un tableau de Jean-Baptiste de La Rose. Mais les éléments les plus ambitieux — la construction d’un immense bassin de construction avec des canaux de dérivation et la création de nouveaux corps de bâtiments massifs pour les casernes et la construction en série des galères — restèrent sur le papier.

L’arsenal fonctionnait de manière permanente, fournissant à la flotte royale tout le nécessaire, et devint la première grande entreprise industrielle d’État à Marseille. C’est là que la ville obtint pour la première fois des emplois stables liés à l’industrie maritime et entra dans le système d’approvisionnement militaire centralisé de la France. L’Arsenal des Galères était le plus grand employeur de la région : jusqu’à 12 000 personnes vivaient et travaillaient simultanément dans son enceinte.

Une galère dessinée par Pierre Puget.

Sur une carte contemporaine de Marseille, l’arsenal occupait le terrain autour du cours d’Estienne d’Orves et de la partie basse du quartier Saint-Victor. C’est là que se trouvaient les principaux entrepôts et ateliers. Les docks étaient situés plus près du Vieux-Port, sur la ligne des quais actuels. La capitainerie — seul bâtiment subsistant — s’élève à son emplacement historique et demeure une trace matérielle directe de l’arsenal (elle abrite aujourd’hui un hôtel). Tout le reste a disparu : les bâtiments ont été démontés, les docks comblés, et le territoire a été réaménagé aux XIXe et XXe siècles. Néanmoins, le plan du quartier — larges cours, lignes droites des anciens corps d’entrepôts et espaces ouverts — reprend la structure de l’arsenal du XVIIe siècle et permet d’en imaginer précisément l’échelle.

L’Arsenal des Galères était une véritable ville dans la ville. À la fin du XVIIe siècle, on y comptait jusqu’à quarante galères royales, et dans leurs cales et sur leurs bancs vivaient et travaillaient environ douze mille personnes : rameurs, marins, maîtres, gardiens. La masse principale était constituée par les galériens, les « hommes de chiourme » : condamnés de droit commun, protestants (plusieurs milliers !), prisonniers ottomans, ou parfois simplement des individus victimes de l’arbitraire de la machine judiciaire. Une version veut que le roi, ayant besoin d’une flotte de galères, ait donné des instructions officieuses aux tribunaux pour condamner les criminels le plus souvent possible aux galères à vie. Il est intéressant de noter que peu de temps avant le règne de Louis XIV, des rameurs salariés travaillaient encore sur les galères, mais cette pratique ne convenait pas à une flotte de masse car elle coûtait trop cher. J’ajoute que les galériens vivaient à Marseille pendant des années, constituant une sorte de milieu social intégré à la vie de la cité. Les forçats ne se contentaient pas de ramer. Ils travaillaient sur les chantiers, transportaient des charges, participaient à la réparation des navires — leur travail faisait partie de l’économie urbaine. Précisons que la navigation des galères était saisonnière.

Anonyme, La Réale rentrant au port, après 1694.
La Réale était la galère-amirale de la flotte royale. Plus grande et surtout beaucoup plus somptueusement décorée que les galères ordinaires, elle était une véritable vitrine flottante de la puissance de Louis XIV. À la fin du XVIIe siècle, plusieurs centaines de rameurs prenaient place à bord, tandis que sa poupe, couverte de sculptures et de dorures, célébrait le Roi-Soleil à travers toute une iconographie consacrée notamment à Apollon

La principale fierté de l’arsenal était La Réale, la galère amirale construite en 1679. C’était le navire le plus grand et le plus luxueux de la Méditerranée française : plus de 60 mètres de long, environ 400 rameurs, des sculptures riches, des dorures et une étrave immense qui transformait le navire en un symbole rutilant de la puissance royale. Zysberg écrit que l’apparition de La Réale dans le port produisait l’effet d’un « palais itinérant » — son aspect était conçu pour impressionner, pour démontrer la force et la richesse de la Couronne.

Après la disparition des galères au XVIIIe siècle, l’arsenal perdit sa fonction et fut progressivement démantelé ou reconstruit. De nos jours, un seul élément authentique a survécu : la capitainerie du cours d’Estienne d’Orves. Tout le reste n’a subsisté que dans les contours du quartier : les larges cours, les lignes droites des anciens corps d’entrepôts et les espaces ouverts reprennent le plan de l’arsenal du XVIIe siècle. Aujourd’hui, c’est une place paisible bordée de cafés, mais sa géométrie est un héritage direct de l’époque où Marseille était un maillon clé de la politique maritime royale.

Marseille au XVIIIe siècle.

Un autre élément de l’arsenal, le canal de la Douane (Canal du Lacydon), a subsisté jusqu’à la fin des années 1920. En son temps, ce canal permettait à l’eau de pénétrer au cœur des zones de stockage pour faciliter le déchargement des marchandises et le contrôle douanier (d’où son nom). Le canal longeait l’actuel cours d’Estienne d’Orves et servait de frontière entre l’Arsenal des Galères et les entrepôts commerciaux. Il permettait d’amener de petits navires directement aux portes des entrepôts, ce qui accélérait le travail et permettait à la Couronne de contrôler les mouvements de marchandises.

Au XVIIIe siècle, le canal perdit progressivement de son importance : les galères disparurent, les bureaux et la douane se déplacèrent vers le nouveau port, et il posait en outre des problèmes sanitaires. En 1927-1929, il fut comblé, et à sa place apparut la place que nous connaissons aujourd’hui, bordée de nombreux restaurants.

Comment le Roi-Soleil balayait la poussière sous le tapis

Les mendiants ne plaisaient pas à Louis XIV. Il ne seyait pas au Soleil de contempler la saleté. Tout en dépensant généreusement le budget du pays pour ses projets, il n’avait nullement l’intention d’éradiquer la pauvreté en tant que telle. Il décida simplement de la soustraire aux regards.

Sous Louis XIV, la politique de l’État à l’égard des mendiants et des vagabonds changea. En 1662, le roi ordonna la création dans les grandes villes du royaume d’hôpitaux généraux — des institutions destinées moins au soin qu’à l’enfermement et à l’isolement des pauvres et des vagabonds. Cette politique est entrée dans l’histoire sous le nom de « Grand Renfermement ».

L’un des monuments les plus célèbres de cette époque est la Vieille Charité, dans le quartier du Panier. À vrai dire, l’idée de sa création était apparue avant le règne personnel de Louis XIV. En 1640, le conseil de ville de Marseille décida de créer un établissement spécial pour les pauvres et les mendiants et affecta un terrain à cet effet. Cependant, les fonds manquant pour cette noble entreprise, le véritable complexe monumental ne commença à sortir de terre que bien plus tard. En 1670, la construction fut confiée au célèbre architecte et sculpteur marseillais Pierre Puget.

La Vieille Charité

Le terrain fut fourni par la ville, et la longue construction fut financée principalement par des dons privés, des œuvres de bienfaisance et les testaments des Marseillais. L’argent manquait constamment, les travaux s’arrêtèrent à plusieurs reprises et s’étalèrent sur des décennies. En 1689, Louis XIV donna à l’institution le statut d’Hôpital Général, mais c’est la ville et ses habitants qui durent en grande partie l’entretenir et l’achever. Aujourd’hui, le complexe de la Vieille Charité abrite pas moins de cinq musées (absolument passionnants ; par ailleurs, j’ai écrit un article dédié aux meilleurs musées de Marseille).

Une institution encore plus curieuse existait à proximité. Il s’agit de ce qu’on appelait le « Refuge », officiellement nommé Hôpital Saint-Joseph (un autre hôpital marseillais porte ce nom aujourd’hui). Les Marseillais appelaient cet établissement de façon bien plus expressive : « la galère des femmes », en raison de l’extrême sévérité de la discipline qui y régnait.

L’institution avait elle aussi vu le jour avant le début du règne personnel de Louis XIV. En 1640, les consuls de la ville autorisèrent le chanoine Pierre Bausset (sieur de Roquefort), lié à la Compagnie du Saint-Sacrement, à créer un établissement pour « corriger » les prostituées. Bausset fit l’acquisition d’un bâtiment, et l’institution subsista essentiellement grâce à la charité religieuse locale et à des fonds privés.

Le Refuge

Le Refuge n’accueillait pas que des prostituées. On y enfermait des femmes accusées d’adultère ou de conduite « débauchée », des criminelles et simplement des jeunes filles dont les familles voulaient se débarrasser pour une raison ou une autre. C’était à la fois une prison, une maison de correction et une institution religieuse. En 1685, Louis XIV confirma officiellement son existence par des lettres patentes royales.

La Vieille Charité comme le Refuge sont nés de l’initiative des Marseillais eux-mêmes ; il serait injuste d’en attribuer la création au seul roi. Mais sous son règne, ces institutions s’intégrèrent parfaitement dans la politique étatique du « Grand Renfermement ». Le nouveau Marseille devenait plus vaste, plus riche et plus peuplé — et simultanément beaucoup plus organisé et contrôlé. Le pouvoir cherchait à mettre de l’ordre non seulement dans le port, dans les rues et dans l’administration municipale, mais aussi parmi les habitants eux-mêmes.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *